Notre vie est jalonnée de séparations.

La première, c'est la naissance, lorsque nous quittons l'utérus maternel pour entrer dans le monde. C'est une séparation physique, lorsque l'enfant sort et le cordon est coupé. La fusion intime qui existait entre la mère et l'enfant est rompue. C'est aussi une séparation psychologique.

D'autres séparations vont suivre au cours des années : le premier jour chez la nounou, ou à la crèche, l'entrée à l'école maternelle, l'école primaire, le collège, le lycée. Toutes ces nouveautés souhaitables qui vont être l'occasion de multiples découvertes, mais qui nous éloignent aussi un peu plus.

Puis pour certains viennent les études supérieures, l'installation seul(e) dans une autre ville, avec sa chambre ou son appartement, et la nécessité de devenir plus autonome. On se sépare de son enfance et un peu plus de ses parents. Il faut se débrouiller seul pour beaucoup de choses, même si on revient à la maison régulièrement pour se faire dorloter et que les parents sont toujours assez présents.

Là aussi, il s'agit d'une évolution normale et souhaitable. Mais cela ne veut pas dire que c'est facile.

Le premier travail et la "vraie" installation chez soi sont une autre séparation d'envergure. Même si nous l'avons ardemment souhaitée, que nous avons envie de nous assumer et de montrer que nous en sommes capables, il peut y avoir des moments de découragement et des coups de blues. Parce qu'en fait quand nous étions petits, les choses semblaient tellement plus simples...

Dans nos relations amicales, il peut y avoir des hauts et des bas. Nos vies sont tellement remplies que nous ne pouvons pas voir nos amis aussi souvent que nous aimerions. Nous ne prenons pas toujours le temps de nous contacter, même si le lien existe toujours.

Certains de nos amis s'éloignent géographiquement, suite à des déménagements et nous perdons parfois le contact.

Dans d'autres cas, suite à des querelles, parfois des malentendus, nous nous séparons de gens que nous aimions, mais que nous continuons à croiser, car ils évoluent dans les mêmes cercles que nous. Mais nous ne nous parlons plus, voire nous nous ignorons.

Nos relations amoureuses ne sont pas épargnées. Nous rencontrons quelqu'un, nous tombons amoureux et avec de la chance, le sentiment est réciproque. Alors nous décidons de faire un bout de chemin ensemble, en espérant secrètement que c'est pour longtemps, voire pour la vie.

Mais les évolutions des individus peuvent être très différentes avec le temps, et un jour nous nous nous rendons compte que l'autre est devenu un étranger, avec qui nous n'avons plus grand chose en commun. Et même si les sentiments sont encore là, cela ne suffit pas toujours.

La décision de la séparation n'est pas facile, même si c'est la chose à faire. Nous avons peur de blesser l'autre, nous avons peur d'être seul(e), nous avons peur de ne pas y arriver, nous avons peur de ne jamais rencontrer quelqu'un d'autre...

Parfois, la séparation est provisoire, elle était nécessaire pour prendre du recul, et réinventer une autre relation avec la même personne, qu'elle soit de nouveau amoureuse, sur d'autres bases, amicale ou simplement cordiale.

Parfois la séparation est définitive, il n'est même pas possible de devenir ami, trop de choses ont été dites, ou au contraire pas assez de choses...

D'autres séparations définitives peuvent survenir, nous devons dire adieu à des personnes que nous aimions, suite à des maladies ou des accidents. Ces séparations nous affectent parfois très profondément, comme si des parties de nous disparaissaient.

Dans notre vie professionnelle, il peut y avoir un licenciement, une suppression de poste suite à un rachat ou une réorganisation de l'entreprise, un départ à la retraite... Même une démission pour "quelque chose de mieux" peut être vécue comme une séparation.

Et j'en oublie sans doute...

Mais il y a un type de séparation auquel nous ne pensons pas : la séparation d'avec nous-même.

Parfois, pour être en relation avec d'autres, nous nous coupons de nous-mêmes. Nous essayons de nous conformer à ce que l'autre veut que nous soyons (ou plutôt ce que nous pensons que l'autre voudrait). Nous disparaissons peu à peu, pensant que c'est le prix à payer. Nous avons tant entendu qu'il faut faire des efforts et des concessions...

Alors, nous ne parlons pas de ce qui nous déplait, nous ne disons pas ce qui ne va pas, pour ne pas blesser l'autre, pour ne pas "faire de vagues", parce que "ça ne se fait pas", parce que "ce n'est pas si grave au fond", parce que nous pouvons "faire avec"...

Certes, cela part d'un bon sentiment de ne pas vouloir heurter la sensibilité ou les sentiments de l'autre, mais de ce fait nous acceptons qu'il ou elle nous blesse, nous le laissons nous faire du mal, parfois sans qu'il ou elle s'en rende compte.

Comment l'autre pourrait-il le savoir si nous ne lui disons rien ? Il ou elle n'est pas dans notre tête, sa sensibilité est différente de la nôtre, il ou elle ne voit simplement pas où est le "problème".

Alors nous rationnalisons, nous cherchons des excuses, nous nous mentons à nous-même.

Il y a de la peur derrière tout cela, notamment la peur de l'inconnu, "je sais ce que j'ai, je ne sais pas ce que je vais trouver".

Parfois, nous pouvons ressentir une solitude immense alors que nous sommes dans une relation, qu'elle soit familiale, amicale ou amoureuse. L'autre est là physiquement, mais tellement loin émotionnellement que la relation ne nous donne pas la nourriture affective que nous en attendions.

Quand tout ce qui nous lie est l'habitude ou le devoir, il n'y a plus de joie.

Et nous sommes tellement coupés de nous-même que nous ne savons plus quoi faire, nous sommes perdus.

La relation la plus importante de notre vie devrait être celle que nous avons avec nous-même, nous devrions nous aimer et nous respecter assez pour mettre les limites et dire non aux autres quand ils vont trop loin.

Mais nous avons tellement peur qu'ils nous quittent que nous préférons nous quitter nous-mêmes.

Nous fermons les yeux sur ce qui ne va pas, nous ne disons pas les choses, nous laissons s'installer les malentendus et les non-dits, avec leur cortège de rancoeur, de ressentiment, de sentiment d'injustice. Jusqu'au jour où nous n'en pouvons plus, et ça explose, causant des dégâts encore plus grands.

Le seul moyen d'avoir de vraies relations, belles et sincères, est de se respecter soi-même et de se remettre à sa juste place, au centre de notre environnement personnel.

Cela veut dire exprimer sa vérité, dire ce qui ne nous convient pas.

Il ne s'agit pas d'exiger de l'autre qu'il change, cela ne peut venir que de lui, ou d'elle.

Il s'agit de ne plus "faire avec" ce qui ne va pas, il s'agit de poser les limites et de dire ce qui est acceptable pour nous et ce qui ne l'est pas. Encore une fois, l'autre ne le savait peut-être pas.

Nous ne pouvons attendre des autres qu'ils devinent ce que nous voulons, si nous ne leur disons pas. Bien des gens projettent ce qu'ils feraient en de telles circonstances, et s'attendent à ce que l'autre agisse de la même façon. C'est la meilleure manière d'être déçu(e), puisque l'autre n'est pas nous, il ou elle réagira forcément d'une autre façon.

La réalité est que nous sommes tous différents, nous faisons tous de notre mieux, mais ce que nous appelons notre "mieux" n'est pas celui de l'autre.

Donc, nous devons être clair(e)s par rapport à nous-même et aussi par rapport à l'autre.

Ainsi, nous pourrons créer les relations joyeuses et enrichissantes que nous souhaitons, où il n'y aura plus de séparation douloureuse.

Un gros travail, mais cela en vaut la peine.